04 novembre 2009
Aux premières marches
[Poème dédié au premier enfant d'un ami]
C'est aujourd’hui que tout commence
Aux premières marches de l'enfance
Dans les baisers que l'on dépose
Sur ton front encore chaud.
C’est la toute première page
D’une toute première histoire,
Le début d’un voyage,
Le matin d’un départ,
Une métamorphose,
Pas plus grande qu'un berceau.
Septembre a pris son temps.
C’est maintenant que tout s’apprend
A tes premiers balbutiements
Aux premiers cris, aux premières larmes
A l’aube des nuits sans sommeil.
Déjà l’automne se désarme
Et le redoux, lui, se suspend
A ton souffle frôlant leur peau.
Sous les regards qui te veillent
Une épaule s’offre à ton repos
Un abri sûr et rassurant
Dans les bras de tes parents.
C’est aujourd’hui que tout commence
Aux premières marches de l’existence,
Au premier jour d’un monde nouveau,
Aux premières gorgées d’impatience,
Aux premiers sourires à venir,
Aux premières lueurs de conscience,
Aux premiers pas, aux premiers mots,
Aux premiers gestes de tendresse,
Aux premières bribes de souvenirs,
Aux premières forces qui se dressent,
Au premiers espoirs, simplement :
Que ton cœur reste toujours aussi grand
Que ton âme d’enfant,
Que ton cœur reste toujours aussi grand,
Que ton âme, Adam.
31 mars 2009
Dis à ton père

Dis à ton père que je regrette
Que j'aurais voulu lui donner
Plus que ce train que je m'apprête
A prendre pour me retrouver
Dis-lui que si j'étais restée
Je n'aurais pas su comment faire
Pas su comment vous concilier
Entre ma douleur et ma chair
~
Dis à ta soeur qu'elle me ressemble
Qu'elle a mes yeux et mon sourire
Ne la laisse pas seule dans sa chambre
La solitude la fera fuire
Dis-lui avant qu'elle ne soit grande
Que tous les chemins sont possibles
Que les amours de contrebande
Ne sont pas tous insubmersibles
~
Dis-toi enfin, puisque tu portes
Le poids de mes tous derniers mots,
Qu'à chacun de tes pas, je t'escorte
Et que je connais ton fardeau
Ne me laisse pas ternir l'éclat
Qui illumine tes sourires
Ce soir je t'emporte avec moi
Dans ma valise de souvenirs
Sparadra
11 août 2008
Je te souffle...

Je te souffle un doux baiser de plume
Que le vent portera jusqu'à ta joue lointaine
Et ta voix embarquée au large de mes peines
Change un ruisseau de sel en océan d'écume
Je te souffre en milliers de flammes
Elles brûlent ma gorge, elles mangent mes mots
M'embrasent d'une douleur qui finira bientôt
Par recouvrir de cendres le bûcher de mon âme
Je te peine à m'en couler le sang
A m'écouler des maux que je ne dirai pas
Mon regret en bas fonds au temps se figera
Comme une épave sombre au fond de l'océan
Je t'exalte à en perdre la joie
A m'emparer des jours où le mauvais s'enterre
Mais l'espoir est encore ce qu'il me reste à faire
D'amour et de douceur, de cheveux dans mes doigts
Alors...
De mon ruisseau de sel à l'océan d'écume
J'embarque dans ta voix le montant de mes peines
Le vent me portera jusqu'à ta joue lointaine
Où je te soufflerai un doux baiser de plume
Sparadra
06 mai 2008
Je me souviens

Je me souviens, c’était hier, c’était il y a 400 ans
Caressant une autre frontière rongée par un même océan
Mes premiers pas en terre de froid foulant cet immense continent
M’enracinant, solide et fier, à ce paysage de géant
Mes peurs et mes déchirements se sont noyés dans les bas-fonds
Quand les courants du St-Laurent ont emporté mes vieux démons
Laissant aux hivers et aux vents le soin de murmurer mon nom
Dans la langue de mes parents et la musique de mon violon
Chaque saison qui revient est un défi au temps qui passe
Lorsque le sol n'offre plus rien qu'un imposant amas de glace
Lorsque l’été se fait indien, dans une dernière dédicace
Et qu’il se couche, orange et brun, sur cet interminable espace
Je me souviens, c’était hier, c’était il y a 400 ans
Quand ni les larmes ni les guerres n'ont fait plier mon attachement
Je suis plus vivant que naguère, je suis un peu plus fort qu’avant
Dans la mémoire de mes pères et l’avenir de mes enfants
En morceau d'Histoire qui rapproche les deux rivages de l’Atlantique,
Je suis le passé qui s’accroche au cœur des Français d’Amérique
Sparadra
02 mai 2008
Sur ta joue

Le temps me fait défaut
Pour te dire d'où je viens,
D'où tu viens;
Le temps se fait fardeau
Quand mes lèvres ont faim
De te décrire les arbres
Qui peuplaient ma vie.
Autrefois, les gabarres
Coulaient sur la rivière
Au courant endormi,
Comme cette larme sur ta joue
Et l'on parlait encore
La langue ensevelie
Aux accents volubiles;
Celle qui payait le prix
Des saisons difficiles,
Qui connaissait l'effort
Sans lui donner de nom
Et chantait au cantou
Les soirs où les sillons
Avaient été plus doux,
Comme dans le creux de ton cou
Car la terre endurcie
Puisant dans ses extrêmes
N'a pas toujours offert
Le meilleur d'elle-même.
Elle a usé les chairs
Et fatigué les âmes
Des hommes et des femmes
Qui la voulaient plus tendre
Que les fumées de cendres
Des toits endoloris,
Comme ma main sur ton genou
Et le regard des vieux
Ne dépassait jamais
L'horizon capricieux
Assombri de forêts,
Là où le paradis
Voisine avec l'enfer
D'avoir vécu ici
Et d'être né du bois,
De l'ardoise noircie
Qui n'aime que le froid,
Comme cette distance entre nous
A ce qu'il reste d'enfant
Je t'apprends qui je suis,
D'où je viens simplement.
La ligne de ma vie
Se confond désormais
Au courant que j'aimais,
Au calme solitaire
M'arrivant d'aussi loin
Que ton silence amer
Qui ne demandait rien
Rien qu'un baiser sur la joue
Sparadra
28 avril 2008
Donne-moi
Donne-moi...
Ton surplus de tendresse
Ton trop plein d'émotion
Ton supplément d'amour
Offre-moi sans détour
Tes excès de passion
Tes élans d'allégresse
Je piocherai dans tes gestes
Ton excédent de fièvre
Je rendrai à mes mots
Ce qui leur fait défaut
Et boirai à tes lèvres
La douceur qu'il leur reste
Sparadra
27 avril 2008
La Haute

Cherchez bien, Madame, aux tréfonds de votre âme
Ce que les cons désignent comme étant une science
Brûlez donc en paroles l'idiotie de vos armes
Votre âge vous dégage de la voie du silence
La classe fait le charme de votre condition
Quand le dédain dépasse la bassesse de la mienne
C'est sûrement tout un art d'y prêter attention
De toiser d'un regard ceux qui en valent la peine
Aussi bien astiquée que vos souliers vernis
La croix que vous portez ne m'a pas l'air si lourde
A force de vous goinfrer de messes, de pain béni
A la réalité vos oreilles restent sourdes
Vos mains blanches et légères frôlant avec froideur
Le corps de vos enfants lorsqu'ils s'approchent de vous
Se rappellent-elles encore que les autres ont un coeur
Le vôtre, visiblement, ne battant plus du tout
Sous le vague dessin d'un sourire esquissé
Il me semble deviner un mur de retenue
Qui n'a pas plus de sens, si vous me permettez,
Que ce manche à balai coincé dans votre cul
Sparadra
26 avril 2008
Sainte Marie de la Guerre

Elle porte en son sein le meilleur et le pire
La douceur de la femme, la violence de l'enfant
Qui lui sera torture jusqu'à temps d'en mourir
Qui se fera soldat bien avant ses 15 ans
Elle porte en son âme les âpres cicatrices
Laissées par les frontières usées d'être meurtries
Qu'une terre ou qu'un Dieu arracherait à la vie
Pour ce qui ne vaut pas de si grands sacrifices
Elle pleure encore ses pères
Elle pleurera ses fils
Sainte Marie de la Guerre
Sainte Marie l'Injustice
Elle périra demain
Par la main fratricide
Sainte Marie du Chagrin
Sainte Marie l'Apatride
Elle plie sous le poids de l'angoisse et des fers
Qu'on lui attache au cœur pour ne pas qu'il s'échappe
Si c'est par le silence qu'on espère la faire taire
Ses yeux parlent pour elle lorsque sa voix dérape
Elle plie sous la peine de n'avoir plus personne
A qui hurler sa rage amarrée d'impuissance
En qui puiser la force qui soigne et qui pardonne
Les failles meurtrières des hommes sans conscience
Elle pleure encore ses pères
Elle pleurera ses fils
Sainte Marie de la Guerre
Sainte Marie l'Injustice
Elle périra demain
Par la main fratricide
Sainte Marie du Chagrin
Sainte Marie l'Apatride
Elle endosse chaque jour ses habits de tristesse
Se couvre du malheur qui la suivra encore
Tout au long de son âge, et pour qu'il disparaisse
Il faudrait qu'elle renonce à habiter son corps
Elle endosse sur sa peau le froid de l'inquiétude
De les savoir si loin, de les aimer ailleurs
Et de ne pas comprendre autant de servitude
Pour ce qui n'amènera jamais rien de meilleur
Elle pleure encore ses pères
Elle pleurera ses fils
Sainte Marie de la Guerre
Sainte Marie l'Injustice
Elle périra demain
Par la main fratricide
Sainte Marie du Chagrin
Sainte Marie l'Apatride
D'absence et de faiblesse
Elle pleure des bouts de chair
Sainte Marie la Détresse
Sainte Marie de l'Enfer
Sparadra
24 avril 2008
L'enfant qui n'est plus là
L'absence mène la danse de son pas perdu
Le silence gris et les mots décousus
Ont éteint la lumière dans ses yeux et sa voix
Et chaque année qui passe enlace une autre larme
En chaque anniversaire se terre un nouveau drame
Pour un sourire dans un cadre en bois
L'enfant qui n'est plus là
Et l'espace d'un instant, ils se surprennent à croire
Qu'il déboulera soudain au détour d'un couloir
Q'ils l'entendront peut-être encore une dernière fois
Au fond d'une chambre vide tapissée de chagrin
Où se dessine encore l'empreinte d'une main
Oubliée sur la vitre privée de son éclat
L'enfant qui n'est plus là
S'est envolée l'envie, scellé le mal de vivre
Plus la force de s'aimer, d'aimer à se souvenir
Le temps se fait combat, et le pire dans tout ça
Se survit à lui même, essaime ce qu'il reste
De passé et d'avenir, dans sa robe funeste
Enveloppant un coeur qui ne grandira pas
L'enfant qui n'est plus là
Lutter une fois de plus, mener la même guerre
Chaque matin que Dieu fait se défait de colère
Arrachée au bonheur qui remplissait leurs bras
L'absence mène la danse de son pas perdu
Dans ce silence gris qui lentement les tue
Pour un corps qui dort sous une croix
L'enfant qui n'est plus là
Sparadra
18 avril 2008
Ce que je sais de toi (à l'artiste)
Ce que je sais de toi
La grâce au bout des doigts
Et le rire qui s'effrite
La voix en mille éclats
Les mots coulent, et parfois
Une larme s'invite
Ce que je sais par cœur
Des forces et des couleurs
Que dansent tes chansons
N'a pour seule pudeur
Qu'un fin manteau de fleurs
Pour en couvrir ton nom
Ce que je sais n'est rien
Mais ça fait tant de bien
Que j'en espère encore
Quelques notes le matin
Puis quand le ciel s'éteint
En pluie de météores
Ce que je sais m'abîme
Quand l'émotion réprime
Ce qu'il reste d'effort
Pour contenir les rimes
D'un auteur anonyme
Au papier sans décor
Ce que je sais de toi
En un souffle s'en va
Retrouver d'autres âmes
Je t'offre un cœur qui bat
Un poème maladroit
Pour unique oriflamme
Ce que je sais m'entraîne
Et le sang dans mes veines
Bouillonne en ton espace
Au prochain tour de scène
Je recevrai, sereine,
Le dernier coup de grâce...
Sparadra
